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11 novembre : c’est pas la prise de la Bastille ?

À chaque jour férié, c’est la même chose : pendant quelques instants je me demande : c’est quoi cette fois-ci ? La prise de la Bastille ? La Pentecôte ? L’Assomption[1] (que je confonds encore parfois avec l’Ascension[2]) ?

Le bleuet, arboré en hommage aux anciens combattants et victimes de la guerre

Pour le 11 novembre, c’est plus facile, il suffit de suivre les actualités, comme cette année, la panthéonisation de Maurice Genevoix et autres commémorations locales, qui nous rappellent, si besoin était, pourquoi on ne va pas bosser aujourd’hui, et pourquoi les enfants n’ont pas école.

Et si on profitait de ce jour de vacance - au singulier -, c’est-à-dire de vide pour faire le plein d’Histoire et de culture générale ? « Pour quoi faire » me direz-vous ? Pour rien, précisément. Ou plutôt pour ne rien faire d’autre. Et comme disait Baudelaire « pour n’être pas les esclaves martyrisés du temps[3] ».

L’histoire n’a jamais été ma matière de prédilection à l’école. J’ai toujours été frustré par cette dimension utilitaire du savoir, qui doit toujours être sanctionné par un contrôle, empêchant ainsi le plaisir d’un voyage encyclopédique vers des notions hors programme, interdisant la gourmandise du savoir inutile.

Car la Première Guerre mondiale, c’est bien sûr, l’horreur des tranchées, Verdun, les « Poilus » et les « Gueules cassées ». Mais c’est aussi des jeux complexes d’influence entre les derniers grands empires de l’histoire moderne (l’empire allemand, austro-hongrois, ottoman et les empires coloniaux français et anglais). Et c’est encore la Révolution bolchévique, le génocide arménien et l’expansionnisme japonais en Asie et dans le Pacifique.

J’ignorais par exemple que les prémices de la Première Guerre mondiale résidaient moins dans la rivalité franco-allemande que dans les querelles géopolitiques des Balkans, notamment entre les empires russe, austro-hongrois et ottoman, sur fond de montée des nationalismes, qui avaient déjà embrasé « la poudrière balkanique » en 1912 et 1913.


Nicolas II (Russie) et Georges V (Royaume-Uni)

Mais comment comprendre les guerres balkaniques sans se replonger dans l’histoire de l’Empire ottoman et son démembrement progressif, suite à sa défaite contre la Russie en 1878 ? Et quelle ne fut pas ma surprise en découvrant le lien de parenté entre Georges V, monarque britannique d’alors, Nicolas II, tsar de Russie et Guillaume II, empereur allemand, tous trois cousins germains, ce qui fait de la Première Guerre mondiale un conflit fratricide, au sens littéral !

« Ce que je sais, c’est que je ne sais rien » pour reprendre la formule socratique : tel est le sentiment que m’inspire ce voyage dans l’Histoire dite contemporaine, en ce mercredi 11 novembre. Un sentiment doux-amer devant l’immensité de mon ignorance et le plaisir hédoniste de l'apprentissage.

Une « perte de temps » diront certains, « une cuistrerie[4] » pour d’autres. Ou peut-être une tentative de comprendre le monde tel qu’il était et donc tel qu’il est devenu, pour mieux appréhender ce qu’il sera demain. Une invitation à tourner le dos un instant au brouhaha, aux angoisses et aux violences de la société pour plus de connaissance, plus de sagesse et, j’ose le dire, plus de bonheur.

[1] Élévation céleste de Marie (15 août) [2] Montée au ciel de Jésus (40e jour après Pâques) [3] "Enivrez-vous", Le Spleen de Paris [4] J’aime ce terme archaïque dont l’emploi-même est une forme de pédanterie !

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​© Thomas Foy 2018