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L’avenir appartient à ceux… qui savent pourquoi ils se lèvent !

Mis à jour : juin 7

Contre l'injonction de la productivité, de la reprise effrénée, voire du "rattrapage" du retard, il est peut-être temps, précisément, de le (re)prendre, ce temps...


Il y a quelques semaines, une blogueuse/entrepreneuse (j’utilise à dessein ce néologisme féminisé qui m’irrite les oreilles), avait spammé mon fil d’actu Facebook avec une vidéo où elle m'invitait, sur un ton péremptoire, à me lever tôt, à faire du sport et à gagner en efficacité. Elle affirmait : « imaginez votre degré de productivité si vous vous leviez deux heures plus tôt (6h en l’occurrence) que la moyenne des Français pour vous consacrer à votre projet entrepreneurial ! »

Je trouvais sa logique implacable mais d’une violence culpabilisante inouïe pour les gens qui, comme moi, dorment beaucoup. Oui, je suis un « grand » (plutôt que « gros ») dormeur : neuf heures minimum. Moins, c’est possible, mais je suis moins concentré, moins efficace, bref, moins performant ! J’ai mis 30 ans à assumer ce besoin en sommeil dans une société qui clame haut et fort que « l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ». A cette maxime, je réponds : « ça dépend de l’heure à laquelle on se couche ». Et j’ai une capacité à travailler la nuit, au calme, sans stress, qui dépasse l’entendement.

J’aime me rappeler une rumeur populaire qui prête à Albert Einstein un besoin de sommeil de douze heures ! Avec neuf heures, je n’inventerai peut-être pas une nouvelle théorie de la relativité mais l’idée que les génies, eux aussi, ont besoin de se reposer me fait largement… relativiser !

Une conférence TED de Matt Walker, spécialiste du sommeil et du cerveau rappelle l’importance de dormir pour l’apprentissage, le travail mais aussi pour lutter contre les maladies comme le cancer ou Alzheimer. Un constat d’autant plus alarmant qu’en moyenne, les Français (et sans doute une bonne partie du reste du monde) dorment de moins en moins, d’après un récent baromètres de Santé Publique France.

Dans ce contexte, je considère toute injonction à se lever aux aurores pour aller faire un footing, des squats, ou des abdos-fessiers comme une incitation à la violence, physique et morale ! Entendez-moi, j’encourage évidemment la pratique sportive et je me prête moi-même à des activités à fort potentiel de sudation. Mais je constate aussi le stress croissant engendré par le travail, les transports, les nuisances en tout genre (bruit, pollution). Et la crise récente n’a fait - et ne fera - qu’exacerber ce constat déjà ancien.

Ce matin par exemple, j’ai décidé de commencer ma journée, non pas en ouvrant frénétiquement mes applications Instagram et Facebook pour, soi-disant, me tenir informé de l’état du monde. J’ai fait ce que je ne fais jamais : j’ai pris un bouquin ! Et j’ai lu pendant près d’une heure dans la chambre de ma fille. Il faut dire que les rires et les gentils coups de pied d’une princesse de bientôt un an permettent de relativiser la fin annoncée de notre civilisation, prédite par Michel Onfray dans Décadence.

Puis, j’ai pris une douche « au soleil », oui, car en ouvrant les fenêtres de ma salle de bain, j’ai vue sur le pré des chevaux et un petit bois, côté soleil levant. La brise matinale de la campagne rafraîchissait l’eau brûlante et les rayons du soleil sur ma peau. Le concerto pour piano n°1 de Chopin « à fond de balle » (expression que je viens d’inventer, mélange entre « à fond de cale » et « à balle », très fort, quoi) complète cette délicieuse synesthésie ! Et je repense à la chambre du Roi Soleil, à Versailles, ma ville natale, orientée vers l’est pour lui permettre de se lever en même temps que l’astre du jour. Oui, je me sentais un monarque absolu en ce matin de mai ! Alors certes, c’est sans doute un poncif d’affirmer que lire, passer du temps en famille, prendre soin de soi, écouter de la musique, vous rend plus serein, plus détendu, et donc plus efficace dans vos activités. Mais face à l’injonction stéréotypée du "no pain no gain" ("pas de résultat sans souffrance"), il faut combattre le cliché par le cliché, le mal par le mal.

Par ce billet de (bonne) humeur, je voulais partager avec vous un sentiment de toute puissance et d’efficacité dans le travail que m’apporte, non pas le réveil prématuré, ni même un footing « à la fraîche ». Juste une heure suspendue de calme et de plaisirs futiles, égoïstes et mégalo qui, aujourd’hui me feront déplacer des montagnes et demain me donneront encore plus envie de me lever pour recommencer ! Plus que jamais, en cette période de crise, de remise en question de notre modèle économique et social, contre la dictature de l'urgence et de la productivité qui touche parfois même les loisirs ("comment lire plus de livres", "comment faire plus de sport"), j’appelle à la décélération, au temps long, à la « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi. Prenez soin de vous, vraiment…

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​© Thomas Foy 2018